LES AVENTURES D’UN ELFE EN FENOIRIEEcrit par le Baron GodefroyLe commencementTout fut très rapide et bref. Mon peuple fut dévasté par la Grande Invasion. Mes parents moururent devant mes yeux, et je ne pus rien faire pour les sauver. Le Grand Mal avait eu raison d’eux. Des millénaires de culture, de paix et de sagesse furent détruits en si peu de temps.
Seul survivant de mon clan, je dus me résoudre à quitter ces terres, qui étaient pourtant celles de mes ancêtres, les Terres des Elfes. Mais si je voulais poursuivre ma vie sans me détruire, et risquer la corruption dont sont gagnés les Elfes Noirs, cette extrémité était la seule acceptable pour moi.
J’entrepris donc la construction d’une Nef, qui serait mon moyen de transport vers une terre plus propice à une vie heureuse, du moins où je ne serais pas seul au monde. Cette entreprise me coûta deux années de ma vie, mais au final je disposai d’un vaisseau sûr et dirigeable par un seul elfe.
La traversée des mers fut longue et pénible, les vivres manquèrent au bout de quelques semaines, et je me demandais comment je survivrais, lorsque je vis une terre au loin. Je ne connaissais pas son nom mais j’appris plus tard que cette côte était celle d’Asturyan.
L’arrivée en DeqsJe détruisis ma Nef après avoir accosté, et m’aventurai vers l’intérieur des terres. Derrière la plage s’allongeait une forêt épaisse et mystérieuse, puis une plaine. Au loin je vis une forteresse, mais ne connaissant les maîtres de ces lieux je me rendis à la taverne.
Le tenancier m’expliqua que l’endroit où j’étais se nommait Deqs, et que ce fief était situé dans le royaume de Kentarus, gouverné par le Roi Elendil. J’étais donc dans une société féodale… Ma discussion avec Phayn – ainsi se nommait le tavernier – fut aussi longue qu’intéressante, et j’y appris quantités de choses, telles le fait que Deqs était dirigée par le Duc Grim et sa femme, Dame Fausta.
Suite à cette discussion, et à l’observation de la population assemblée dans la taverne, mon cœur fut pris d’affection pour cette lande, et je choisis de m’y établir. Je fis donc serment d’allégeance au Seigneur Phayn, forgeron et Tavernier de Deqs. Il me confia pour emploi la tâche d’agriculteur. Ce n’était pas là mon domaine de prédilection, mais j’avais ne telle envie de contribuer au développement de ma terre d’adoption que je fis abstraction de ce détail.
Godefroy, nouveau DesquoisJe me suis facilement intégré à la société desquoise, les gens y étaient accueillants, surtout à la taverne où je me rendais régulièrement après mes récoltes. Et le travail devenait de plus en plus agréable, puisqu’on me confia des domaines de chasse, cette activité étant particulièrement affectionnée par ma personne.
Mais tout bascula irréversiblement le jour où je fis cette merveilleuse rencontre. Alors que le Duc Grim avait lancé une élection pour le poste de Juge du Fief, je me suis révolté du parti pris par notre Suzerain dès l’annonce du vote. J’exprimai alors mon mécontentement de manière fort diplomatique, et la Duchesse me proposa alors d’entrer en fonction en tant que Diplomate. Cette courte apparition de la Duchesse Fausta eut des conséquences irréversibles sur la suite de ma vie. Je compris alors que désormais je vivrais pour, et uniquement pour la servir.
Une vie de plus en plus trépidanteMes nouvelles fonctions m’amenèrent à davantage de contacts avec le peuple desquois. Mais un jour, celui qui m’avait accuelli en ses terres, le Duc Grim, se suicida, et on apprit au bout de quelques jours que son geste était soi disant dû à l’abandon de sa personne par Dame Fausta. Je n’en crus évidemment pas un mot, et fus tiraillé entre la tristesse de savoir mon Duc décédé, et la joie de savoir la Duchesse Fausta, la si belle Fausta, la si bonne Fausta, libre de tout engagement. La seconde alternative fut celle qui l’emporta, et je ne pus rien faire contre cela.
Et vint le jour où un jeune être se rendit auprès de moi, alors que j’étais dans la taverne, et qui me demanda à être mon vassal. Cela me remémora le jour qui me semblait déjà ancien où je me trouvais devant Phayn. Mais son séjour parmi nous fut de courte durée, en effet, un jour, alors que je m’apprêtais à quitter Deqs pour une mission diplomatique, j’appris son décès. Il s’était en effet suicidé pour des raisons qui me sont encore étrangères.
Après m’être recueilli un court moment à l’hôpital de Deqs je me rendis en le lieu où j’avais rendez vous pour essayer de signer un traité. Mais celui-ci fut écourté par une urgence en Deqs. Dame Fausta avait mis au monde le fruit de son union avec feu le Duc Grim au bord de la mer, sur cette même plage par laquelle j’étais arrivé en Deqs quelque temps auparavant, et le pauvre nouveau né était sur le point d’être emporté par les eaux lorsque j’arrivai. Aussi, la Duchesse me demanda de sauver cet enfant, ce que je fis, au péril de ma vie. Effectivement, n’étant pas bon nageur, seule la volonté de ne pas infliger un nouveau chagrin à Dame Fausta, qui lui aurait coûté certainement la vie, me permit d’atteindre le bébé, et de le ramener, buvant plusieurs décilitres d’eau de mer pendant le trajet retour, ne voulant que ce soit l’enfant qui le fasse. Cette opération fut fort heureusement couronnée de succès et nous revinmes en Karnin tous trois indemnes.
Un attachement grandissant à l’encontre de toutes les traditionsC’est à partir de ce moment que je me rendis compte que mes sentiments à l’égard de Dame Fausta dépassaient largement le stade de l’affection que pourrait éprouver un amant à l’égard de la femme de ses rêves. Mon cœur battait en fait uniquement pour elle. Mon zèle dans mon ouvrage avait pour seul but le développement de Deqs, mais uniquement parce que Dame Fausta en était la Suzeraine.
Cette fée noire, qui pouvait sembler une dirigeante exemplaire menant son peuple d’une main de fer dans un gant de velours, était aussi devenue celle que j’aimais. J’en étais maintenant certain, notamment en raison des réactions que j’avais lors de nos rencontres, telles que des rougissements, des accélérations de mes pulsations cardiaques, ou encore des remarques que je lui faisais, que je n’étais point habitué à prononcer. On dit chez moi que les Elfes n’ont qu’un seul grand amour dans leur vie, et il semblerait bien que je l’aie enfin trouvé. Mais cette idylle me semble bien impossible, ne serait-ce que par la différence de statut qui nous sépare. Mais je m’éloigne maintenant de mon récit.
Nous eûmes ensuite à nous rendre à un mariage dans le Nord, dont je ne citerai ni le nom ni celui des mariés, par respect pour eux. La fête était magnifique, mais Dame Fausta voulut rester seule un moment avec le Baron Thelian, devenu Comte maintenant. C’est alors que je la perdis de vue, avant de la retrouver dans la Taverne locale. Mais nous dûmes rentrer précipitamment en Deqs, et pendant ce voyage, Dame Fausta parvint de nouveau à échapper à mes soins. Je crus alors l’avoir perdue définitivement, et en fus désespéré, jusqu’au moment où je la vis arriver près de moi. Quelle joie alors de la voir en vie !!
Puis, alors que je fus un jour en la taverne, Dame Fausta crut voir le Baron Phayn agresser Dame Akroma à l’épée. Le Juge Aikanaro étant alors indisponible, je fus nommé Juge. A l’issue du procès, le minotaure fut reconnu coupable de blessures par négligence, mais pas de tentative de meurtre. Il eut donc à bâtir un temple dans lequel Dame Akroma peut maintenant officier, mais il se suicida durant les travaux, me faisant perdre un ami. La douleur fut si forte que je ne puis imaginer à quel point elle serait forte si c’était Dame Fausta qui disparaissait. Je n’aurais alors certainement pas les forces de m’en remettre.
Mon récit s’achève ici, mais sera certainement complété d nouveaux chapitres à l’avenir, si celui-ci décide que ma vie ne doit point s’arrêter trop vite.
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Aaron, Bibliothecaire